Krug, souffrances dans les caves

Quatre salariés des maisons Krug et Clicquot, dont trois cégétistes, étaient jugés, hier, à Reims, dans deux volets distincts d’un dossier de harcèlement, moral et sexuel.

Àdeux semaines des prochaines élections syndicales, la CGT, largement majoritaire au sein de la maison de champagne Krug-Clicquot, se serait bien passée d’une telle publicité. Hier, au tribunal correctionnel de Reims, deux dossiers – l’un de harcèlement sexuel (lire par ailleurs), l’autre de harcèlement moral – ont jeté une lumière crue sur la manière dont fonctionnait, en interne, cette prestigieuse entreprise. Sur le banc des parties civiles, cinq anciens salariés qui avaient en commun de ne pas cautionner les dérives autoritaires – présumées – d’une poignée de membres de la CGT, soutenus encore aujourd’hui par de nombreux collègues.

Des plaignants «à bout de nerfs» et «dépressifs», selon les mots du DRH qui, début 2013, peu après son arrivée au sein de Krug-Clicquot, alerté du «climat délétère» qui y régnait, initia un «diagnostic social». À côté, sur le banc des accusés, quatre anciens salariés de Krug-Clicquot; trois étaient encartés à la CGT, dont deux étaient délégués du personnel. Selon l’accusation, ce quatuor usait et abusait de «comportements déviants» se croyant alors à peu près au-dessus de tout. «Ce n’est pas le procès de la CGT, c’est celui d’un groupe de personnes qui ont abusé de leur pouvoir de syndicalistes», prit soin de rappeler le substitut Ducrocq.

«Des salariés protégés devenus intouchables»

Sami G., 48 ans, Sylvie G., 58 ans, et Robert M., 43 ans, étaient poursuivis du délit de harcèlement moral. Des faits, supposément commis entre mars 2012 et octobre 2013, qu’ils ont toujours nié en bloc. Eux étaient encartés CGT. Le premier a depuis été licencié (avec un chèque de 100 000 euros), la deuxième est désormais retraitée tandis que le troisième avait écopé d’une mise à pied de deux semaines. Aucun n’a d’antécédent judiciaire. Face à eux, quatre plaignants – dont deux, des femmes, l’étaient également dans le volet «harcèlement sexuel». Ces quatre-là reprochent aux trois premiers nommés de leur avoir fait subir «insultes», «moqueries» et «humiliations». La raison? Leur refus de suivre les mouvements de grève. Toujours selon les plaignants, d’autres salariés auraient subi des «pressions» de la part d’une «mafia» soucieuse «de réprimer, de dégager» ceux qui n’allaient pas dans son sens. «Si on ne suivait pas leurs actions, on nous faisait comprendre qu’il y aurait des représailles», assura à la barre l’une des plaignantes –celle-ci accuse ainsi Sylvie G. de lui avoir donné une claque, épisode de violence démenti par la prévenue.

«Il y avait des menaces, on passait pour des gens qui étaient du côté de la direction (…), on se faisait traiter de suc… de chefs», résuma l’un des plaignants, terrassé par la logique manichéenne du «Avec nous ou contre nous». Puisque le cœur du dossier -ces rapports de forces qui ne laissent jamais de preuve matérielle- reposait d’abord sur une accumulation de propos dont l’interprétation peut toujours être débattue, cette audience fut parfois fastidieuse. Par petites touches, une vérité semblait toutefois faire jour: celle d’un «système mafieux» instauré par une poignée de «salariés protégés devenus progressivement intouchables», selon la parfaite expression de Me Chemla, membres d’une CGT en capacité de s’opposer frontalement à la hiérarchie de Krug.

En début de soirée, le substitut du procureur choisit de requérir trois peines distinctes: un an de prison avec sursis et 3000 euros d’amende contre Sami G., six mois avec sursis et 3000 euros d’amende contre Robert M. avant, enfin, de s’en remettre «à la sagesse des magistrats» concernant Sylvie G., qui n’avait pas de responsabilité syndicale. Les avocats de la défense, estimant que «rien n’avait été démontré», plaidèrent tour à tour la relaxe des prévenus.

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